Vendredi 10 décembre 2004
ENERGIE -- Le bloc patrimonial, une contrainte.
André Caillé souhaite l'abolition des obstacles aux profits d'Hydro Québec
A l'instar de plusieurs économistes, le pdg d'Hydro-Québec André Caillé croit que l'augmentation des profits de la société d'Etat, notamment grâce à des hausses de tarifs, servirait bien le développement économique et social de la province.
Afin de maximiser le dividende versé au gouvernement _ et par conséquent, sa marge de manoeuvre financière_ il pourrait être avantageux d'abolir la disposition de la loi qui garantit aux Québécois un bloc d'électricité "patrimoniale" à un prix inférieur à celui du marché, a-t-il confié mercredi en marge d'une allocution devant l'Association des MBA, à Montréal.
Actuellement, les premiers 165 TWh d'énergie consommés au Québec par année sont vendus par Hydro-Québec Production (HQP) à sa société soeur Hydro-Québec Distribution (HQD) pour 2,79 cent/KWh.
Au-delà de cette limite, Hydro-Québec Distribution doit s'approvisionner au prix du marché, qui est d'environ 6,5 ou 7 cent/KWh, d'après M. Caillé.
En réservant un bloc d'énergie à bas coût aux consommateurs québécois, le gouvernement souhaitait protéger les citoyens contre des fluctuations importantes de prix et leur faire profiter des directement des retombées de la construction de barrages hydroélectriques.
Le pdg d'Hydro-Québec Distribution, André Boulanger rappelait d'ailleurs lundi à la Régie de l'énergie que cette mesure législative constituait un atout pour les Québécois parce qu'elle atténuait grandement l'effet des hausses tarifaires.
Aux yeux de son patron, le bloc patrimonial constitue cependant une contrainte, qui limite les profits et par conséquent le dividende versé au gouvernement.
Une commission parlementaire sur l'énergie a entendu des experts la semaine dernière. Elle poursuivra ses travaux à partir du 25 janvier. Le premier ministre Jean Charest a toutefois d'ores et déjà laissé savoir qu'il voudrait faire du Québec "l'Alberta de l'hydroélectricité", c'est-à-dire s'appuyer sur le potentiel commercial de l'énergie pour enrichir la province.
Tant chez Greenpeace qu'à l'Union des consommateurs (UC), on s'est dit surpris mercredi des propos d'André Caillé. Pour le coordonnateur du groupe écologiste, Steven Guilbault, l'abolition du décret patrimonial constituerait rien de moins que "la rupture du contrat social" liant Hydro à ses propriétaires: les citoyens.
Pour sa part, le porte-parole de l'UC, Charles Tanguay, a répété que la question des profits d'Hydro devait être débattue.
"Le point de vue (...) selon lequel ont devrait augmenter les tarifs et redistribuer les richesses via le gouvernement se défend. Mais il faudrait que ça soit décidé de façon beaucoup plus transparente que ça ne l'est actuellement. Il faudrait qu'on débatte aussi d'autres enjeux comme les coûts sociaux, les coûts environnementaux de cette logique du profit à tout prix", a-t-il insisté.
A la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), le vice-président pour le Québec, Richard Fahey a trouvé "rafraîchissant" le discours d'André Caillé auquel il a assisté.
"Il a bien identifié les défis de la tarification d'électricité. De croire que le bloc patrimonial vaudra 2,79 cent/KWh ad vitam aeternam, c'est une fiction", a-t-il dit.
http://www.matin.qc.ca/quebec.php?article=20041208160517
par jeromet
le 2004-12-10 07:44:28
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