Dimanche 21 novembre 2004
DEMOCRATIE- La première vraie sortie d'Option citoyenne
Oui, mais...
Michel David
Le Devoir mardi 16 novembre 2004
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À une époque où la politique n'est censée provoquer que cynisme et désabusement dans la population, la naissance d'un nouveau parti est en principe une bonne nouvelle, dans la mesure où cela signifie que des gens croient encore possible d'utiliser le système pour changer les choses.
Encore faut-il savoir ce qu'on veut changer exactement. Courir deux lièvres à la fois a toujours produit le même résultat. L'incapacité d'Option citoyenne d'en arriver à un consensus sur la question nationale illustre parfaitement le dilemme -- et le drame -- de la gauche québécoise depuis des décennies.
En octobre 1991, Germain Gauvin, le dernier président du Mouvement socialiste fondé dix ans plus tôt par le syndicaliste Marcel Pépin, avait expliqué de la façon suivante la raison de son sabordage : «Tant que la question nationale ne sera pas réglée, il sera extrêmement difficile de mettre sur pied une organisation axée sur des intérêts sociaux, parce que la souveraineté finit toujours, encore aujourd'hui, par monopoliser les débats.»
Si besoin était, ce qui est survenu en fin de semaine au premier congrès d'orientation d'Option citoyenne a permis de vérifier à nouveau la justesse de ce constat. Avant même de devenir officiellement un parti, le mouvement fondé par Françoise David est contaminé par le virus du «oui, mais...»
À l'issue du congrès, Mme David a semblé se réjouir du fait que les deux tiers des membres en soient sortis «de bonne humeur». S'il y a un déjà tiers de mécontents, on lui souhaite bonne chance. Elle en aura bien besoin dans son projet d'unir toute la gauche.
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On peut facilement concevoir que des gens trouvent la social-démocratie péquiste trop molle. Mme David elle-même n'a jamais caché à quel point elle avait été déçue du peu de suite que le gouvernement Bouchard avait donné à la marche du «pain et des roses», il y aura bientôt dix ans. La présence de Bernard Landry, que de nombreux progressistes voyaient comme le mauvais génie de M. Bouchard, n'est pas nécessairement de nature à faciliter un rapprochement.
La perspective d'une réforme du mode de scrutin pour introduire un élément de proportionnelle permet maintenant à un parti de gauche d'entretenir raisonnablement l'espoir d'être représenté à l'Assemblée nationale. Le nouveau système ne sera pas en vigueur avant les élections de 2011, mais le développement d'un parti est une affaire de longue haleine. Parlez-en à Mario Dumont !
Nul ne peut prévoir exactement quel effet un mode de scrutin même modérément proportionnel aura sur la paysage politique québécois, mais on peut penser qu'il deviendra plus difficile de former un gouvernement majoritaire.
C'est précisément la raison qui a amené le PQ à la conclusion qu'il était préférable d'attendre que le Québec soit devenu un État souverain avant de changer les règles du jeu. Autrement, il risque d'être incapable de tenir un autre référendum. Vues sous cet angle, les prochaines élections prennent donc des allures de dernière chance.
À moins d'un accident de parcours, on voit mal comment Option citoyenne pourrait faire élire un seul député dans le cadre d'un scrutin uninominal à un tour. Françoise David n'en demeure pas moins la figure la plus charismatique qu'un parti de gauche aura réussi à présenter au Québec. Dans plusieurs circonscriptions, elle pourrait certainement contribuer à la défaite d'un candidate péquiste.
Quand un collègue lui demandé si elle se voyait bien dans le rôle d'un Ralph Nader québécois, qui assurera la réélection des libéraux, elle a répondu : «Nous sommes tous des gens intelligents et stratégiques. À l'approche des élections, on verra ce qu'on aura à dire au PQ.» On brûle de l'entendre.
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Pour le PQ, il y a encore plus grave que les votes qu'il risque de perdre au profit des amis de Mme David. S'il est forcé de protéger son flanc gauche, il sera surtout incapable de recentrer son discours pour empêcher l'ADQ de continuer son travail de sape dans des régions comme Québec, Beauce-Appalaches ou le Bas-Saint-Laurent.
Même si le Québec tout entier souhaitait la victoire de John Kerry, cela ne signifie pas qu'il soit balayé par un vent de gauche. S'ils s'opposent au démantèlement de l'État issu de la Révolution tranquille, la majorité des Québécois souhaitent aussi voir son poids diminuer. Quand Jean Charest accusait les syndicats de défendre leurs intérêts corporatistes au détriment de l'intérêt public, il disait tout haut ce que pense une bonne partie de la population.
Bernard Landry le sait parfaitement, même s'il doit davantage peser ses mots. M. Charest aurait pu faire siens les propos qu'il a tenus récemment devant la Chambre de commerce de l'Est de Montréal, au sujet de la responsabilité sociale des syndicats dans le nécessaire assouplissement des règles qui régissent le marché du travail.
Si M. Landry s'efforce de freiner les ardeurs sociales-démocrates de François Legault, qui voudrait les voir s'incarner dans son «programme de pays», c'est précisément pour faire en sorte que le PQ conserve son caractère de coalition, qui demeure indispensable à la réussite du projet souverainiste, mais la présence d'une option sérieuse à gauche risque de compliquer encore les choses.
Sur l'inspiration de son ancien collègue Joseph Facal, Pauline Marois plaide elle aussi pour un recentrage du discours péquiste, mais l'image que projette le PQ depuis son retour dans l'opposition demeure celle d'un parti qui cherche à préserver plutôt qu'à moderniser.
Il a cru bien faire en intégrant le SPQ Libre à ses structures, mais Françoise David est certainement une figure plus inspirante pour les progressistes québécois que l'ancienne présidente de la CSQ, Monique Richard. La dernière chose à faire pour le PQ est de donner l'impression d'être le parti de l'establishment syndical. Pire encore que les «oui, mais...», il y a les non.
mdavid@ledevoir.com
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Partie remise
Josée Boileau
Le Devoir mardi 16 novembre 2004
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Ce qui est bien d'un jeune-parti-qui-n'est-pas-encore-un-parti, c'est que, faute de tradition, on peut en tirer tous les enseignements que l'on veut. Encore faut-il ne pas confondre tergiversations sur la question nationale et renouveau du langage politique!
À l'issue du congrès d'Option citoyenne qui s'est déroulé en fin de semaine, Françoise David s'est réjouie de la «maturité politique» de ses membres, qui ont préféré remettre à l'an prochain le difficile débat sur l'appui ou non à la souveraineté du Québec.
Les délégués, pourtant, ne risquaient pas grand-chose. Option citoyenne s'affiche d'abord et avant tout comme un mouvement «de gauche, féministe, écologiste et altermondialiste». Nul ne s'y trompera : c'est, pour emprunter une référence connue, l'article 1 du programme !
Le compléter par une référence à la souveraineté, alors que la plupart des membres d'Option citoyenne privilégient cette option même si elle n'est pas la cause de leur vie, aurait dû couler de source. Cela règle l'affaire et permet de passer à toutes ces choses dont personne ne parle : l'économie domestique, par exemple, l'occupation du territoire ou la biodiversité.
Ce ne fut pas le cas, preuve par l'absurde que, à Option citoyenne comme dans le reste de la société, il suffit de vouloir évacuer l'avenir du Québec pour que celui-ci revienne par la porte de côté. Pourtant, le débat est familier aux progressistes eux-mêmes et ils lui apportent déjà une réponse : les fédéralistes sont au NPD, les souverainistes à l'UFP. Quant aux autres -- ceux qui n'ont pour appartenance que le monde et leur coin de rue --, vont-ils même voter ?
Or, puisque Option citoyenne a déjà décidé que c'est avec l'UFP, parti de gauche souverainiste, qu'elle entend fusionner -- les pourparlers étant officiellement enclenchés cette semaine --, le sort de la souveraineté est pour ainsi dire réglé.
À moins que l'UFP ne renonce à son option (impensable !), à moins que l'UFP et l'Option citoyenne réunies ne présentent deux plates-formes constitutionnelles (impraticable !), les militants d'Option citoyenne, dans un an, devront donc opter pour le «oui». Entre-temps, on se sera égarés dans des chicanes de virgule, dignes de la gauche traditionnelle... et du Parti québécois. De quoi lasser bien des électeurs.
La création d'Option citoyenne a pourtant été motivée par le désir de rompre, à gauche, avec les ennuyeuses arguties qui détournent de l'essentiel. Verra-t-on l'Option citoyenne se perdre dans les méandres du «pourquoi la souveraineté», à l'image du Parti québécois qui s'égare, lui, dans le «comment» ? C'est le Parti vert qui doit bien sourire, lui qui a renoncé le mois dernier à s'allier au mouvement de madame David, satisfait de la cohérence de son propre programme.
La direction d'Option citoyenne, Françoise David en tête, dit ne pas avoir voulu imposer son point de vue, favorable à la souveraineté. Elle a pourtant trouvé moyen d'affirmer le caractère féministe du mouvement, à l'issue d'un débat qui a duré une heure et demie samedi et qui divisait aussi les membres. Mme David croyant avec ferveur à la nécessité du féminisme, le mot a finalement été accepté. Peut-être la ferveur lui manquait-elle sur la question nationale pour qu'on puisse aussi sceller son sort.
Ce n'est que partie remise ? Fort bien. Mais ce n'est pas de maturité qu'il faut alors parler. Cela s'appelle plutôt du «zigonnage».
jboileau@ledevoir.ca
par jeromet
le 2004-11-21 14:43:07
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