Publi le mercredi 22 septembre 2004
Mercredi 22 septembre 2004
Géothermique, l’équivalent en énergie de Bécancour sans effet de serre. yp
La géothermie, l’inconnue la plus rentable
Québec pourrait faire l’économie du Suroît si, par un financement approprié, il stimulait l’installation de chauffage géothermique dans 23 000 des 25 000 nouvelles résidences qui se construisent annuellement depuis quelque temps, affirme Bruno Hébert, président de la Corporation des entreprises en traitement de l’air et du froid (CETAF).
Pourtant, dans son récent avis, la Régie de l’énergie n’a pas consacré un seul chapitre à cette filière malgré la preuve technique déposée par la CETAF devant elle. Dans une province où on croit dur comme fer que les bas coûts de l’électricité empêchent le recours à une filière aussi novatrice, on aura un choc en apprenant que le Manitoba, la province dont l’électricité est la moins chère du continent -- moins chère encore que celle d’Hydro-Québec --, vient de lancer un programme de construction de 13 000 unités de chauffage géothermique, l’équivalent en énergie de la centrale au gaz de Bécancour. Sans un iota de gaz à effet de serre !
Une recherche réalisée en 1999 pour le ministère fédéral des Ressources naturelles par la société Caneta concluait que les équipements de géothermie sont disponibles partout au Canada et qu’il « n’y a aucune autre technologie de climatisation-chauffage, accessible financièrement, qui peut prétendre avoir des effets aussi concrets et efficaces sur le problème des émissions de gaz à effet de serre ». Pourtant, même s’il y a 700 000 systèmes installés présentement dans le monde, au Canada, il s’en installe seulement 3000 par année et au Québec, où le chauffage constitue pourtant l’essentiel de la facture d’énergie, on parle de 250 à 300 unités par année. En Suède, par contre, et en raison précisément de la facture annuelle du froid, on a installé, uniquement en 2001, quelque 27 000 unités, soit dans la quasi-totalité des nouvelles maisons. Plus que l’équivalent du Suroît, en un an !
Méconnue, mais rentable
Mais qu’est-ce qu’un chauffage géothermique, cette perle énergétique méconnue et pourtant si rentable ? C’est un système qui utilise l’inépuisable chaleur du sous-sol terrestre, renouvelée en permanence par le noyau en fusion de la planète. Cette chaleur est disponible même en hiver sous la ligne de gel, soit en dessous de 1,75 m de profondeur, ce qu’on voit lorsqu’une pelle mécanique extrait en hiver de la terre qui fume parce qu’elle est beaucoup plus chaude que l’air extérieur.
La géothermie utilise les mêmes principes que ceux éprouvés depuis des générations dans n’importe quel réfrigérateur ou dans les nouvelles pompes à chaleur, qui extraient du froid de l’air ambiant en été et de la chaleur en hiver mais de moins en moins au fur et à mesure que le thermomètre descend. Ce qui explique d’ailleurs que les pompes à chaleur ne sont plus utiles sur le plan énergétique quand Hydro-Québec fait face aux pics hivernaux de la demande. Mais dans le sol, quel que soit le froid extérieur, la température se maintient autour de sept degrés centigrades.
Dans une pompe à chaleur, qui fonctionne à l’air libre ou dans le sous-sol, le liquide réfrigérant est compressé pour absorber la chaleur, puis relâché et dilaté pour transférer cette chaleur à l’endroit désiré comme dans un appareil de chauffage. En été, on inverse le cycle, ce qui permet d’extraire la chaleur de la maison et donne l’impression aux habitants qu’on y introduit du froid...
Mais alors que les thermopompes sont bruyantes et durent de 12 à 15 ans, un système géothermique est silencieux et fonctionne à l’intérieur, ce qui prolonge sa vie utile autour de 25 ans et ne dérange pas les voisins. Son efficacité énergétique est surprenante : chaque kilowatt dépensé dans la compression du liquide caloriporteur, qui se réchauffe dans le sol avant de revenir dans l’appareil, génère environ 3,5 kilowatt d’énergie calorifique. Et comme l’appareil fonctionne dans la maison où il libère sa propre chaleur, un kilowatt d’électricité en produit au total l’équivalent de quatre en chaleur, explique Bruno Hébert. La facture du chauffage est ainsi réduite de 60 à 70 %, selon la qualité de l’échange de chaleur dans le sous-sol.
Peu profond
Les premiers systèmes en géothermie puisaient l’eau de la nappe souterraine, en extrayaient la chaleur et la renvoyaient par un autre puits dans le sous-sol. Les systèmes d’aujourd’hui fonctionnent en circuits fermés, ce qui évite de coûteux nettoyages. On évite les fuites de contaminants chimiques en utilisant du glycol... alimentaire. Les premiers systèmes exigeaient des puits très profonds, pouvant aller à 200 mètres, et assez larges pour loger la tuyauterie hermétique des systèmes actuels. Cette opération était très dispendieuse et portait le prix d’un système résidentiel autour de 30 000 $. L’entreprise de M. Hébert a conçu un système de pompe qui évite le recours aux puisatiers et aux puits profonds. Il en fore plusieurs de 30 mètres de profondeur seulement, selon les besoins du client, qu’il distribue en forme de pyramide dans le sol à partir d’un point unique près de la maison. Il utilise ainsi entièrement le terrain d’une résidence pour y enfouir une tuyauterie de cuivre, beaucoup plus efficace que celle en PVC pour l’échange d’énergie. Selon les endroits, les sous-sols et les besoins, les prix peuvent se situer désormais entre 10 000 et 13 000 $. Si on peut utiliser le fond d’un lac assez profond pour y déposer le serpentin du caloriporteur, un système géothermique pourrait coûter aussi peu que 7000 à 8000 $ parce que le miniforage n’est même plus nécessaire.
Le public québécois ignore la géothermie, dont l’utilisation a été suggérée par le Suisse Zolly en 1912, même si c’est ici que les gains seraient probablement les plus spectaculaires. Plusieurs raisons expliquent cette situation, soit le manque d’information et de soutien gouvernemental, estime le président de la CETAF.
Dans certains États américains, les distributeurs d’électricité vont financer sans intérêt une partie des équipements géothermiques parce qu’il ne leur en coûte pas cher de récupérer ainsi l’électricité épargnée, qu’ils revendent à fort prix à d’autres. De son côté, Hydro-Manitoba finance la différence entre le coût du système de chauffage en place, même s’il se résume à 10 calorifères de 30 $, et le coût du nouveau système au taux de 6,5 %. Il a été démontré que, pour le consommateur, le coût mensuel est inférieur, dès le premier mois, au montant d’énergie payé auparavant au distributeur d’électricité !
Un programme équivalent à celui du Manitoba, précisait le mémoire déposé en avril par la CETAF auprès de la Régie de l’énergie, coûterait environ 200 millions, soit sensiblement moins que les 550 millions du Suroît. Selon une vulgaire règle de trois, pour les 23 000 maisons nécessaires au remplacement du Suroît, il en coûterait donc approximativement 353 millions. Mais, contrairement au Suroît, les consommateurs rembourseraient Hydro-Québec complètement et l’énergie économisée serait disponible, comme au Manitoba, pour revente à fort prix sur le marché américain.
Pourquoi ?
Quelles pourraient bien être alors les raisons qui empêcheraient Hydro-Québec d’en faire autant ? M. Hébert montre du doigt un effet pervers méconnu de la division factice d’Hydro-Québec en divisions qui se vendent entre elles des électrons ou des services.
« La réponse est simple, dit-il. Hydro-Québec Distribution n’a pas intérêt à réduire ses ventes et ses profits, qui diminueraient trop vite avec une pareille économie globale. Le Québec reviendrait sous la barre des 165 TWH, ce qui fait que les nouveaux kilowatts ne pourraient plus être vendus et facturés au taux marginal des nouveaux projets ou achats, beaucoup plus élevés à 7-7,5 ¢ que l’électricité dite patrimoniale à 2,79 ¢ du kWh. Par contre, Hydro-Québec Production aurait intérêt à récupérer cette énergie pour la revendre plus cher, mais ce n’est pas elle qui décide des services aux clients. Le problème ne se poserait même pas dans une entreprise intégrée comme l’ancienne Hydro-Québec. »
Mais il y a eu un avantage à tout cela, ajoute le président de Geothermix : « On a été laissés à nous-mêmes, oui, mais ça nous a forcés à aller plus vite qu’ailleurs. On a réduit en moins de cinq ans les prix de plus de la moitié. Dans certains cas, des deux tiers. Et on a inventé au Québec des pompes qui s’installent sur les systèmes de chauffage existants, ce qui pourrait décupler le marché de la géothermie et réduire les coûts davantage. On a même développé au Québec des thermopompes murales pour les maisons sans conduites d’air, une première mondiale dont les résultats sont très concluants : un marché à court terme de 25 000 unités par an à des coûts abordables. Regardez-nous aller désormais au Québec ! »
Publié par Louis-Gilles Francoeur le 14 et 15 août 2004 dans le Devoir Source: Coalition Québec Vert Kyoto http://quebec-vert-kyoto.org
par jeromet
le 2004-09-22 14:01:30
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Mercredi 22 septembre 2004
Un terrible constat d'échec du gouvernement actuel yp
La déconstruction libérale du Québec, Réalisations et promesses du gouvernement Charest
Gérard Boismenu, Pascale Dufour et Denis Saint-Martin, Athéna, Outremont, 2004, 184 pages.
Un terrible constat d'échec du gouvernement actuel
Cornellier, Louis
Notre chroniqueur Michel David, il y a deux semaines, se servait du cas de Pierre Reid pour illustrer la confusion du gouvernement libéral qui sévit à Québec depuis un peu plus d'un an.
Le printemps dernier, lors de la grande manifestation syndicale du 1er mai 2004, Gilles Paquette, de la FTQ, résumait en ces termes le seul effet positif de l'équipe Charest: «Ce gouvernement a ceci de bon: il nous oblige tous à remettre nos convictions à la bonne place et à nous mobiliser.» Les gars de Loco Locass, eux, se veulent encore plus clairs et n'hésitent pas à lancer leur retentissant «Libérez-nous des libéraux!». L'opinion publique, pour sa part, ne fait pas exception à ce courant de mécontentement. Soixante-dix pour cent des citoyens, en effet, seraient insatisfaits de ce gouvernement.
«Qu'est-ce qui explique cette apparente coupure entre le gouvernement et l'opinion publique?», demandent Gérard Boismenu, Pascale Dufour et Denis Saint-Martin dans un petit ouvrage plus qu'instructif intitulé Ambitions libérales et écueils politiques. L'amateurisme libéral? L'aveuglement idéologique de ce gouvernement? Son parti pris patronal? Un peu de tout ça, répondent les trois politologues de l'Université de Montréal, en s'appuyant sur une analyse qui, quoique non partisane, s'avère franchement critique.
La technique du TINA
Obsédé par la taille de l'État, le gouvernement, dès ses premiers pas, a opté pour la technique thatchérienne du TINA («There Is No Alternative») afin de justifier son projet de réingénierie. Le trou budgétaire de 4,3 milliards, «découvert» par l'ancien vérificateur général, Guy Breton, aura essentiellement servi à instaurer «une forme de pensée unique où le gouvernement dit ne plus avoir aucune marge de manoeuvre» (sic). Conclusion libérale: il faut moderniser l'État. De quelle manière? En s'inspirant de la phrase fétiche de Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du trésor, empruntée à l'économiste anti-interventionniste Milton Friedman: «Less Government Is Better Government.»
Le concept de réingénierie, importé de l'univers du management, est pourtant, précisent les auteurs, déjà discrédité dans les écoles de gestion et il repose, de plus, sur une prémisse plus que douteuse, selon laquelle il ne faut «pas impliquer [sic] la base dans le développement des projets de réingénierie, car on soupçonne cette dernière de résistance face au changement». Ce «caractère top-down» du processus explique donc le recours aux consultants en gestion du secteur privé, qui ne seraient pas, eux, en conflit d'intérêt. Pourtant, écrivent Boismenu, Dufour et Saint-Martin, «les consultants externes ne sont ni plus ni moins désintéressés que les ressources internes. Les consultants sont des colporteurs d'idées dont la survie dépend de leur capacité à générer des profits.»
Qu'un des plus grands experts britanniques en matière de réingénierie, Christopher Pollitt, ait conclu qu'«il n'existe tout simplement aucune preuve irréfutable de changements dans les performances du secteur public» soumis à ce processus, qu'on sache, «depuis les travaux de Michel Crozier», que l'on ne «change pas la société par décret», cela n'aura pas empêché le gouvernement Charest d'opter «pour une vision poussiéreuse ou dépassée de la gestion publique», qu'il a rebaptisée «modernisation».
L'obsession des partenariats public-privé (PPP), d'ailleurs, constitue une autre démonstration d'aveuglement idéologique qui se drape dans le manteau de la recherche d'efficacité. L'idée, dit-on, serait de faire entrer la dynamique de la concurrence dans l'administration publique. Dans les faits, toutefois, les choses ne sont pas si simples: «Autrement dit, il n'y a souvent qu'un petit nombre de firmes ou d'entreprises disposant des connaissances recherchées par le gouvernement. À cet égard, la recherche montre très clairement que la dynamique de la concurrence ne s'applique pas.» Plus encore, compte tenu du fait que la responsabilité gouvernementale continue de s'appliquer (une chance!) même à des projets qui fonctionnent en PPP, ceux-ci «sont producteurs de réglementation et de paperasse - un effet qui va pourtant à l'encontre de l'objectif du gouvernement Charest de créer un État plus mince».
Un gouvernement qui s'oppose
Ce qui semble, au fond, fatiguer le plus le gouvernement Charest - et c'est ce qui expliquerait que, même au pouvoir, sa formation se comporte comme un «parti d'opposition qui démantèle les politiques avec lesquelles il n'était pas d'accord, sans définir, en termes positifs, les actions à prendre» -, c'est ce que plusieurs ont appelé le modèle québécois, c'est-à-dire «des pratiques institutionnalisées et des instruments publics au Québec, qui ont pour suprême défaut de ne pas correspondre à une image simplifiée du modèle libéral incarné aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, ou encore à quelques diktats d'un univers libéralo-conservateur stylisé».
Adhérant à une vision atomiste de la société québécoise qui porterait «7 millions d'ambitions», le gouvernement Charest méprise la pratique de la concertation propre au Québec et met tout en oeuvre afin de marginaliser les acteurs collectifs, surtout les syndicats et les groupes communautaires, au profit d'une parole citoyenne individuelle à laquelle on donne 30 secondes pour s'exprimer lors de forums de consultation ou que l'on envoie se perdre sur Internet en lui chantant les vertus du gouvernement en ligne. En d'autres termes, on casse les médiateurs légitimes au nom d'un individu désincarné dont la parole, privée de relais collectif, se joue aux «lotos-forums» ou se perd dans le cyberespace. On comprend, dans les circonstances, que la société civile retrouve, plus que jamais, le goût de la solidarité.
Au chapitre de la question identitaire, le bilan, on le devine, n'est guère plus reluisant. «Rarement aura-t-on vu, constatent les politologues, un gouvernement québécois entretenir une pareille vacuité pour la désignation de la société québécoise, prise comme une communauté nationale, et sur les conditions de réalisation et de développement de son identité.» Qu'on en juge: interprovincialisme naïf, cafouillage dans les programmes de francisation des immigrants, silence embêté sur la question de l'avenir du français au Québec et promotion de l'anglais dès la première année du primaire, incertitude à l'égard de Télé-Québec, immobilisme dans la gestion du patrimoine bâti, liquidation de l'Observatoire québécois de la mondialisation, politique internationale qui se noie dans l'ordre du jour fédéral, etc. «Nous sommes ce que nous sommes», affirme Jean Charest pour nous définir. Du petit provincialisme pur jus, quoi.
Certains ont expliqué les déboires de ce gouvernement par sa maladresse à faire passer son message. Fausse piste, répliquent les auteurs de ce petit ouvrage éclairant et absolument indispensable. Le problème a trait au contenu et à la direction d'ensemble de ce gouvernement: «Une définition de problème peu convaincante, des solutions posées uniquement en termes négatifs et une alternative floue et peu crédible seront toujours à la source de problèmes de communication; les artifices ne sauraient qu'être des trompe-l'oeil pour celui qui y a recours.» Voilà ce à quoi ils étaient prêts.
http://www.politiquessociales.net/Docs/laDeconstructionLiberaleduQuebec.htm
par jeromet
le 2004-09-22 11:17:11
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