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Publi le mardi 21 septembre 2004

Mardi 21 septembre 2004

Saguenay - Hausse des rejets de dioxines à Saint-Ambroise yp

Québec veut réduire les émissions de l'incinérateur

Louis-Gilles Francoeur

Selon le texte du projet d'ordonnance, le ministre Mulcair estime que, à Saint-Ambroise aux abords de l'incinérateur, «la situation présente un risque de dommages sérieux pour la faune et l'être humain», ce qui justifie trois choses : mettre fin aux rejets de plus en plus intenses relevés depuis 2002, mettre en place un nouveau plan de suivi des émissions de l'incinérateur de déchets toxiques et ramener les émissions au niveau jugé sécuritaire d'après les critères de santé pour la faune et les humains.

Le projet d'ordonnance, publié tard vendredi soir dernier par le ministre de l'Environnement du Québec, Thomas Mulcair, a été totalement passé sous silence durant la fin de semaine alors que Récupère-Sol, de son côté, réagissait par communiqué public en se déclarant en désaccord «avec les conclusions du ministère».

L'avis d'ordonnance donne 15 jours à Récupère-Sol pour faire valoir son point de vue avant de prendre effet. Il a été suivi par un Avis de santé publique diffusé par l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de la région du Saguenay. Son directeur, Andy Kennedy, y déclare : «Avec les informations actuellement disponibles, nous appréhendons que ces substances hautement toxiques pourraient continuer de s'accumuler dans les sols jusqu'à atteindre des teneurs inacceptables près de l'usine de Récupère-Sol inc. si des mesures de gestion environnementale n'étaient pas prises.» L'évolution de la contamination relevée par l'Environnement est qualifiée de préoccupante par les services de santé.

Comme les taux de dioxines et de furanes ont été relevés dans un secteur agricole situé sous les vents dominants qui dispersent les fumées du seul incinérateur québécois autorisé à brûler des BPC, le ministère de l'Agriculture y est allé cet été de ses propres tests sur les plantes. Ce ministère a décelé dans les aliments cultivés des traces des molécules toxiques, mais en si faibles quantités qu'il n'y aurait aucun danger : «Tous les résultats des analyses ont indiqué des niveaux de concentration négligeables de ces substances. Les aliments peuvent donc être consommés sans aucun risque pour la santé», affirme le communiqué officiel.

Les dioxines et furanes sont des sous-produits de combustion de matières organiques accolées à des chlores, dont les plus célèbres sont sans doute les BPC. Mais leur toxicité est de plusieurs milliers de fois plus dangereuse que celle des BPC, car, même s'il n'y a pas unanimité dans la communauté scientifique sur le seuil de danger, on considère les deux molécules comme les déclencheurs probablement les plus puissants de cancers, de malformations congénitales et d'afflictions diverses du système immunitaire.

Dans la Baie des Chaleurs et à Belledune, où Bennett Environmental vient de terminer la construction d'un nouvel incinérateur, lequel ne sera toutefois pas autorisé à brûler des sols contaminés avec des BPC, la nouvelle a eu l'effet d'un coup de tonnerre. La Coalition Retour à l'expéditeur, qui accuse depuis plus d'un an Fredericton d'avoir autorisé ce projet sans véritable contre-expertise publique des données du promoteur, estime que «si les émissions de furanes et de dioxines dépassent de manière aussi importante les prévisions de la compagnie à Saint-Ambroise, comment peut-on faire confiance aux résultats des tests de brûlage que cette même compagnie s'apprête à faire à son incinérateur de déchets toxiques de Belledune en vue d'obtenir son permis d'exploitation».

La coalition, qui a obtenu la mise sur pied du processus d'évaluation fédéral dans ce dossier, demande maintenant au ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, d'en appeler de la décision récente de la Cour fédérale, qui a interrompu cette évaluation parce que le projet serait trop avancé.

L'incinérateur de Saint-Ambroise a été autorisé par Québec sans audiences publiques, et l'ancien ministre de l'Environnement, Paul Bégin, l'avait ultérieurement autorisé à détruire des déchets et des sols contaminés aux BPC, toujours sans étude d'impact, ni audience publique. Québec devait cependant faire évaluer le projet après coup par une commission ad hoc.
http://www.ledevoir.com/2004/09/21/64300.html


par jeromet le 2004-09-21 14:02:00
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Mardi 21 septembre 2004

Offensive contre l’Etat social au Québec yp

Tensions et résistances dans la Belle Province

Offensive contre l’Etat social au Québec


Alors que les communautés autochtones entendent bien faire valoir leurs droits ancestraux et en conquérir de nouveaux, le Canada a élu ses députés fédéraux le 28 juin 2004. L’état de grâce aura été de courte durée pour le Parti libéral du Québec (PLQ) après sa victoire aux élections législatives provinciales d’avril 2003, à l’issue desquelles il remplaça le Parti québécois (PQ), au pouvoir depuis dix ans. En arrière-plan, la remise en question à la hussarde des acquis sociaux, les mesures de libéralisation en tout genre et le style triomphaliste du premier ministre, M. Jean Charest, ont réveillé une société apparemment léthargique jusque-là.


  Par Gérard Duhaime
Sociologue à l’université Laval, Québec ; auteur de La vie à crédit. Consommation et crise, Presses de l’université Laval, Québec, 2003.

Au cours des six mois suivant son élection en avril 2003, le nouveau gouvernement du Parti libéral du Québec (PLQ), dirigé par M. Jean Charest, a multiplié les annonces d’initiatives de libéralisation : recours au secteur privé pour la prestation des soins de santé, au motif qu’il serait plus compétitif ; diminution des subventions aux bibliothèques publiques, parce qu’on lirait moins ; hausse des frais de garderie et de scolarité ; hausse de la contribution personnelle au régime public d’assurance-médicaments ; facturation des ménages à l’unité pour la consommation d’eau et pour l’enlèvement des ordures (et non plus sous la forme de taxes locales) ; recours à des agences privées pour l’administration de l’aide sociale, la gestion de l’assurance-chômage et la collecte des impôts, etc. De plus, il s’est lancé dans une chasse aux « abus » prétendument commis par les bénéficiaires de programmes gouvernementaux chichement dotés.

Selon le premier ministre, ces mesures seraient justifiées parce que « l’Etat doit se concentrer sur ses véritables missions ». Ces missions ne seraient donc pas la répartition équitable des coûts de fonctionnement des services publics, la création de conditions sociales, éducatives et sanitaires adéquates pour l’ensemble des citoyens, ou encore l’institutionnalisation de la solidarité sociale. Il s’agirait désormais, pour l’Etat, sous couvert d’encourager la « liberté » des marchés, de soutenir, par exemple, les intérêts du complexe pharmaco-industriel – auquel on doit la croissance continue des coûts de santé (1) – ou ceux des transnationales des mines et de la métallurgie, déjà largement subventionnées, et qui continuent de réclamer des aides financières des communautés et gouvernements locaux en brandissant la menace de fermeture (2).

Le gouvernement de M. Charest n’a pas le monopole des avancées néolibérales que le Québec a connues. La question de l’indépendance (3) ayant été renvoyée aux calendes grecques après le référendum de 1995, remporté à l’arraché par les forces fédéralistes, la libéralisation de l’économie est devenue la préoccupation centrale des cabinets du Parti québécois (PQ) qui se sont succédé depuis cette date. Sous l’impulsion des grandes métropoles, puis du gouvernement fédéral, toutes les autorités provinciales ont fait la chasse aux déficits publics. L’équilibre budgétaire était censé garantir la place des provinces, notamment celle du Québec, dans la nouvelle économie mondiale.

Des coupes claires furent donc imposées à peu près indistinctement à toutes les activités gouvernementales, mais sans remettre officiellement en cause la mission de l’Etat, du moins dans le discours. En pratique, elles allaient très sérieusement dégrader les prestations publiques dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services sociaux. La nouveauté, depuis l’élection d’avril 2003, est que ces coupes s’effectuent explicitement au nom d’une redéfinition de la mission de l’Etat selon laquelle la solidarité sociale doit être subordonnée à la libéralisation de l’économie. Il s’agit donc d’ouvrir les services publics aux forces du marché et de réduire les charges sociales des entreprises.

Passage en force
L’autre nouveauté réside dans le style triomphaliste du premier ministre, imité par les autres membres du gouvernement. M. Charest s’est comporté comme s’il disposait d’une totale légitimité pour imposer à peu près n’importe quelle « réforme ». Au moment où le gouvernement décrétait une loi favorisant le recours aux entreprises privées pour la prestation de services publics, et tandis que les manifestants, les lèvres gelées par le froid, scandaient devant l’Assemblée nationale « Je n’ai pas voté pour ça ! », le premier ministre s’entêtait à soutenir qu’il ne faisait qu’appliquer le mandat reçu lors des élections législatives.

Cette intransigeance, doublée d’une dangereuse maladresse, s’est manifestée lors de la crise qui a éclaté en janvier 2004 à Kanesatake, réserve mohawk proche de Montréal, et qui est rapidement devenue un problème majeur de confiance entre les démocrates autochtones et le gouvernement du Québec (lire l’article Les peuples autochtones peinent à s’affirmer de Mathilde Regnault). De même, l’annonce, en février 2004, de la construction d’une centrale thermique au gaz fut présentée comme une bonne nouvelle dans une province marquée par un chômage structurel persistant, consécutif aux délocalisations industrielles induites par la mondialisation.

Ce dernier projet, le Suroît, a soulevé un tollé chez les écologistes : il entraînerait des rejets de 4 millions de tonnes de CO2, soit un accroissement de 5 % des émissions de gaz à effet de serre au Québec, et confirmerait ainsi le peu de volonté des pouvoirs publics d’atteindre les objectifs du protocole de Kyoto, que le Canada a ratifié en décembre 2002, presque contre son gré. D’abord favorable au projet, le ministre des ressources naturelles, M. Sam Harnad, a dû se raviser en mars 2004 et lui retirer son appui, du moins temporairement. La décision finale devrait être annoncée au cours de l’été.

La multiplication des erreurs ministérielles et des annonces péremptoires a provoqué un rejet de plus en plus fort depuis décembre 2003 : au cours de l’hiver, les étudiants défilaient pour protester contre le sous-financement des universités, et les groupes communautaires dénonçaient les « réformes » de l’aide sociale ; le 14 avril, anniversaire de la victoire du PLQ, et le 1er Mai, Québec et Montréal ont connu les plus importantes manifestations de rue depuis les années 1970. Le soutien au gouvernement s’est effondré dans les sondages : 53 % de mécontents six mois après son arrivée au pouvoir, 70 % après un an. Cela n’a pas empêché M. Charest de faire passer en force, sous les applaudissements du patronat, des mesures fortement contestées par les syndicats, comme la loi autorisant la sous-traitance de la prestation des services publics.

Après ses premiers mois éprouvants au pouvoir, le premier ministre a cependant été contraint de battre quelque peu en retraite. Peut-être a-t-il compris qu’on ne peut gouverner le Québec comme on dirige une formation politique, activité principale de sa carrière tant sur le plan fédéral (où il fut chef du Parti progressiste-conservateur) qu’à l’échelon provincial, où il changea d’allégeance pour prendre la tête du Parti libéral.

Il aura aussi constaté qu’un saupoudrage de mesures dilatoires, comme le relèvement à 7,45 dollars canadiens (4) du salaire minimum obligatoire, soit une hausse de 0,15 dollar, est tellement insignifiant qu’il irrite à peine les organisations patronales, mais ne suffit nullement à assurer ses arrières. Depuis le début de l’année 2004, son gouvernement observe une réserve en vif contraste avec la bruyante assurance affichée après son élection. Tout indique cependant qu’il s’agit pour lui de revoir la manière de faire les choses, mais non de modifier ses orientations fondamentales.

Ainsi, au printemps, le gouvernement a annoncé la tenue d’une consultation dans toutes les régions du Québec pour discuter un projet de « réingénierie » présenté comme une « modernisation de l’Etat québécois ». De mai à septembre, des citoyens choisis au hasard (méthode décriée comme une « loto-démocratie »), ainsi que des représentants sélectionnés par les élus locaux, sont conviés à dix-neuf forums régionaux, eux-mêmes suivis, en septembre, de deux forums nationaux présidés par le premier ministre. Au lendemain du référendum de 1995, une stratégie identique avait été déployée par M. Lucien Bouchard, premier ministre du Parti québécois de 1996 à 2001, afin d’obtenir l’assentiment de la société à l’objectif gouvernemental de suppression des déficits publics.

Dégradation du service public
Cette manœuvre tactique ne modifie en rien l’orientation que le gouvernement libéral entend imprimer au Québec. M. Charest a répété qu’il s’agissait d’abord d’« expliquer » un projet dont la méconnaissance serait à la source du mécontentement qu’il suscite. Les dirigeants syndicaux ont dénoncé l’opération en affirmant qu’ils avaient au contraire parfaitement compris en quoi consistait la « réingénierie » en question, dont ils ne veulent pas. Aucune des grandes organisations syndicales (Centrale des syndicats nationaux, Centrale des syndicats du Québec, Fédération des travailleurs du Québec, Syndicat des professionnels du gouvernement, Fédération des infirmiers et infirmières du Québec, Syndicat de la fonction publique du Québec, entre autres) ne participera donc à ces consultations.

Du coup, les « poids lourds » du gouvernement – le premier ministre, son ministre des finances, M. Yves Séguin, et celui de la santé, M. Philippe Couillard – ont déjà commencé à revenir sur leurs promesses électorales centrales : réduction de l’impôt sur le revenu et amélioration – immédiatement après l’élection, disaient-ils – des services de santé. Ils justifient ces revirements par la situation des finances publiques, plus catastrophique, à les en croire, que ce qu’ils avaient pu anticiper. Faute de pouvoir imposer directement ses visées, le gouvernement entend créer un consensus autour du plus petit commun dénominateur, que l’on peut ainsi résumer : avec les ressources dont il dispose, l’Etat ne peut plus continuer à offrir les mêmes services qu’auparavant. Dès lors, de deux choses l’une : ou bien accepter de rétrécir l’éventail des services publics, ou bien les privatiser.

Par ailleurs, le projet gouvernemental attaque de front le pouvoir syndical : les privatisations entraîneraient en effet un recul de la syndicalisation dans un pays où, même si elle ne touche qu’une minorité de salariés (40 %), elle reste forte. Mais les enjeux dépassent largement les seuls intérêts des organisations de travailleurs. En diminuant les niveaux de prestation des services publics, en accroissant leur tarification, et en ouvrant la voie à leur privatisation, ce projet remet en cause le rôle de l’Etat comme instrument décisif de la solidarité sociale.

La situation d’une frange importante de la population est fragilisée par la hausse des coûts des services gouvernementaux, comme celle des frais de garderie et d’assurance-médicaments, par l’augmentation des contrôles administratifs et par les dépenses nouvelles auxquelles il faut faire face pour remplacer des services qui se dégradent.

L’endettement des ménages québécois (et, plus largement, des ménages canadiens) atteint des niveaux que l’on n’avait pas connus depuis la Grande Dépression : il représente 115 % de leur revenu disponible, contre 70 % il y a vingt ans. La croissance annuelle des crédits à la consommation, de 8 % environ, représente le double de celle du revenu. Par exemple, la moitié des cartes de crédit bancaires Visa et Mastercard en circulation affichent un solde débiteur après l’échéance. Si elle a bien lieu, la hausse prochaine des taux d’intérêt, envisagée par les analystes, va aggraver les problèmes financiers d’un grand nombre de ménages vivant actuellement sur la corde raide, et en acculer de nouveaux à la faillite (on en compte actuellement 2,66 pour 1 000 habitants, pourcentage record).

Le gouvernement voudra répondre à ce genre de situation en mettant en œuvre une politique « familiale », déjà annoncée. Il ne faut cependant rien en attendre, sinon quelques mesures (augmentation des places de garderie, aide pécuniaire aux ménages à faible revenu, le tout dans un contexte d’augmentation du prix des services publics) qui pourraient faciliter la fonction productive des familles, c’est-à-dire leur capacité à travailler toujours davantage pour parvenir à boucler leurs fins de mois. En fait, le gouvernement envoie aux parents le message qu’il est difficile et coûteux d’avoir des enfants, de les maintenir en bonne santé, de les éduquer et de les aider à s’épanouir.

Gérard Duhaime.
 
 
http://www.monde-diplomatique.fr/2004/07/DUHAIME/11305


par jeromet le 2004-09-21 09:16:34
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